Les professions de foi et les discours de campagne sont rangés. Les kilomètres de déplacements dans toutes les régions avalés. Les interviews quasi-quotidiennes données. Laurence Parisot est maintenant installée 55 avenue Bosquet dans son bureau de président du MEDEF. Que va-t-elle faire pour les entreprises françaises ? Premières réponses de la nouvelle boss des boss..
|
Paris Entreprises : Vous n'avez cessé durant votre campagne de rappeler la nécessité de faire aimer l'entreprise et vous avez créé le slogan L'entreprise, c'est la vie. Pensez-vous que la rupture est vraiment consommée entre les Français et l'entreprise ? Que comptez-vous faire pour engager leur réconciliation ?
Laurence PARISOT : Si j'estimais qu'il n'y a rien à faire, je ne me serais pas portée candidate ! C'est justement parce que je pense que la rupture n'est pas totalement consommée que j'ai fait campagne et que j'ai développé un certain nombre d'idées au cours des derniers mois. Le constat est effectivement préoccupant : un climat général alimente la perception selon laquelle l'entreprise serait un lieu de conflit social ou d'exploitation économique. Avec ce paradoxe que les Français aiment généralement l'entreprise dans laquelle ils travaillent, mais manifestent de la défiance à l'égard de l'entreprise en général. Ce sera un travail long de réconcilier les Français avec leurs entreprises. Il faudra agir patiemment et en profondeur en particulier auprès du monde de l'éducation et de la formation, des milieux intellectuels, des médias. Nous devrons déployer beaucoup de pédagogie pour vaincre l'idéologie et la démagogie.
Paris Entreprises : Comment comptez-vous rendre le MEDEF « plus ouvert » ?
Laurence PARISOT : Nous devons manifester un esprit d'ouverture en nous adressant aussi à des publics éloignés de nous ou qui ne nous comprennent pas. En manifestant que nous allons sur des terrains où l'on n'a pas forcément l'habitude de nous voir. Par exemple, les premiers responsables gouvernementaux que j'ai rencontrés sont Catherine Vautrin et Azouz Begag, qui ont en charge des questions très importantes et sensibles dans l'opinion, sur lesquels le MEDEF doit s'impliquer : égalité des chances, parité et diversité.
P.E. : Grâce à votre campagne dans toute la France, vous avez établi un premier « cahier des charges des entrepreneurs ». Quelles en sont les priorités ?
L.P. : L'action du MEDEF s'inscrira dans la perspective des quatre grandes missions que j'ai proposées pendant ma campagne : donner aux entreprises françaises les moyens de grandir, les aider à opérer les mutations rendues inévitables par la mondialisation, créer les conditions d'un contrat social apaisé, faire reculer le chômage. Les moyens à déployer combinent la réforme du code du travail, l'abaissement des prélèvements obligatoires, la mise en place d'une vraie démocratie sociale et le développement de la culture de l'anticipation.
Ce sont là des chantiers de longue haleine et de grande envergure. La tâche n'est pas facile et j'en suis bien consciente. Je l'ai dit au cours des derniers mois et nous aurons besoin de toutes nos forces de conviction, de persuasion et de mobilisation pour y parvenir. C'est notamment la raison pour laquelle j'ai proposé une grande campagne d'adhésion pour renforcer notre organisation professionnelle , tant en interne que vis-à-vis de l'extérieur.
P.E. : Vous avez, pour reprendre vos propres mots, « adoré » faire campagne, rencontrer les « entrepreneurs de terrain » et visiter les MEDEF territoriaux. Que pensez-vous du réseau territorial du MEDEF ?
L.P. : J'ai en effet aimé sillonner la France à la rencontre des MEDEF territoriaux et j'ai beaucoup appris au contact des entrepreneurs qui s'y impliquent. J'ai été frappée par la vitalité de nos entreprises, la richesse de leurs idées et la qualité de leurs réalisations. C'est pourquoi, je compte bien continuer à me rendre régulièrement dans les territoires ; j'ai d'ores et déjà prévu un certain nombre de déplacements d'ici à la fin de l'année. Le réseau est une composante essentielle de notre mouvement, qui sera appelé à jouer un rôle de plus en plus actif dans les initiatives qui seront prises et sur lesquelles j'aurai bientôt l'occasion de m'exprimer.
P.E. : Le MEDEF Paris est heureux de compter parmi ses adhérents une des sociétés que vous dirigez, l'IFOP. Pourquoi avez-vous souhaité rejoindre notre organisation territoriale ?
L.P. : Le MEDEF Paris développe des actions et des services qui sont en phase avec les préoccupations et les attentes des entreprises. Pour ce qui est de l'IFOP, nous sommes ainsi très intéressés par le PESI de Paris (ndlr : le Plan d'Épargne Salariale Inter-entreprises, signé par le MEDEF Paris, la CFDT Paris et la CGC Paris, donne, aux salariés des PME, accès directement et librement aux PEE et PERCO) ainsi que par les rencontres à thème qui sont organisées par l'équipe
du MEDEF Paris, sous l'impulsion
d'un président exceptionnel, Rémy Robinet-Duffo.
Propos recueillis par
Marie-Sophie Claverie
Ce que pensent les Jeunes dirigeants
du MEDEF Paris (JEM) de l'élection de Laurence Parisot :
“Elle crée une vraie rupture d'avec son prédécesseur. L'entreprenariat, c'est aussi la petite entreprise et j'ai le sentiment que Laurence Parisot l'a bien compris. »
Stéphane Berry, dirigeant d'une agence de merchandising sur lieu de vente.
« Une femme à la tête du MEDEF ?
Je ne peux que me réjouir. C'est une vraie reconnaissance pour les femmes chefs d'entreprise qui rappelle, qu'un patron est aussi parfois une patronne ! »
Laurence Martinet-Longeanie, avocate.
« Une présidente, ce sera sans doute plus de souplesse et plus de diplomatie dans les négociations. Et nous en aurons bien besoin à la rentrée? »
Philippe Pace, dirige un cabinet d'expertise comptable.
« La communication, voilà ce qu'elle va devoir peaufiner. Je pense que son image assez peu marquée politiquement jouera en sa faveur. »
Alec Philibert, président d'uneentreprise internationale.
|
En bref
> Vraie standing ovation pour Ernest-Antoine Seillière à l'Assemblée Générale du MEDEF réunie le 5 juillet dernier au CNIT de la Défense pour élire le nouveau Président. Ces applaudissements chaleureux ont touché l'ex-« patron des patrons » qui a passé huit années à la tête du MEDEF.
> Bon signe. Laurence Parisot a été élue Présidente du MEDEF au premier tour après une campagne très ouverte (avec 272 voix sur les 509 votants).
> Chose promise, chose due. Laurence Parisot a, dès son élection, fait preuve d'ouverture. Elle a, en effet, demandé à ses anciens compétiteurs Hugues-Arnaud Mayer et Charles Beigbeder de rejoindre le Conseil Exécutif du MEDEF. Deux sièges étaient, en effet, vacants : le sien et celui de Louis Schweitzer, qui avait demandé à quitter cette instance et devait prendre la Présidence du MEDEF International. Yvon Jacob et Guillaume Sarkozy, ses autres concurrents, continueront à siéger dans cette instance, qui rassemble au total 45 membres.
> Symbolique. Laurence Parisot a choisi de rendre visite en premier lieu à Catherine Vautrin : ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité et à Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances.
> Il y a une vie après le MEDEF. Ernest-Antoine Seillière a été élu, en juin dernier, à la présidence de l'UNICE. Cette organisation installée à Bruxelles réunit les organisations d'entrepreneurs d'Europe (dont le MEDEF) afin de favoriser une politique de développement économique sur notre continent et d'être leur porte-parole envers les institutions
|